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Inégalités entre les sexes dans les usines d’électronique : les femmes mal rémunérées et exposées à des produits chimiques

Dans ce secteur, les femmes exécutent les tâches les plus basiques et gagnent donc en moyenne 16 % de moins que leurs collègues masculins. De par la division du travail, les femmes sont également exposées à un risque accru pour leur santé, car elles sont davantage en contact avec les produits chimiques du fait qu’elles travaillent sur les lignes. Dans cette image de décembre, deux travailleurs arrivent à une usine d’électronique à la périphérie de la capitale thaïlandaise.

Cela fait 25 ans que Lek (pseudonyme utilisé pour protéger la travailleuse) veille à ce que toutes les puces électroniques qui quittent l’usine où elle travaille respectent les normes de qualité de l’entreprise. Au cours de ces cinq derniers lustres, l’usine a changé de propriétaire à plusieurs reprises, mais le profil des personnes qui travaillent sur les lignes n’a guère changé. La plupart de ses collègues sont toujours des femmes ; tous ses superviseurs sont des hommes.

L’industrie de l’électronique est un secteur complexe où le moindre appareil est composé de petites pièces produites dans plusieurs usines comme celle de Lek avant d’être, généralement, assemblées par une autre société. En revanche, la plupart des usines ont une politique de recrutement similaire. « Les usines préfèrent les femmes parce qu’elles sont plus patientes, mais aussi parce qu’elles sont plus faciles à dominer,  » explique Patchanee Kumnak, une représentante de Good Electronics en Thaïlande, un réseau d’organisations et de personnes qui étudient les problèmes sociaux et environnementaux liés à la chaîne de production de l’industrie électronique.

Bien qu’il n’y ait pas de données mondiales pour ce secteur, les statistiques ventilées par pays d’Asie, où l’industrie est concentrée, situent le nombre de femmes dans les usines d’électronique entre 60 et 90 % en Malaisie, au Vietnam ou en Thaïlande. Pour leur part, les hommes travaillent rarement sur les lignes de montage et occupent généralement des emplois hiérarchiquement plus élevés et mieux rémunérés.

« On considère généralement que les hommes sont plus aptes que les femmes à occuper des postes de management, » ajoute Joe DiGangi, un chercheur du Réseau international pour l’élimination des polluants organiques persistants (POP) ou IPEN, qui a étudié les politiques de Samsung au Vietnam.

« Les entreprises [au Vietnam] pensent souvent que les femmes passeront plus de temps avec leur famille et leurs enfants et moins de temps à travailler que les hommes. Toutefois, les femmes que nous avons interviewées travaillaient très dur, » ajoute le chercheur.

Dans le cadre de cette répartition des tâches par sexe, les femmes exécutent les tâches les plus basiques (85 % des emplois non qualifiés en Thaïlande) et gagnaient donc en moyenne 16 % de moins que leurs collègues masculins en 2013, selon une étude réalisée par l’Organisation internationale du travail en Thaïlande sur la base de statistiques nationales.

Par ailleurs, les femmes sont davantage exposées aux menaces et à la violence verbale de leurs supérieurs. Ainsi, selon une étude de l’ONG Verité réalisée dans les usines de Malaisie, les femmes signalent plus fréquemment des cas de « menaces corporelles, de violence et de menaces à la liberté individuelle » que les hommes, dont les plaintes portent sur la confiscation de papiers et des sanctions au travail.

Aussi bien Lek que Noi, sa partenaire de ligne, en sont victimes tous les jours. « Notre superviseur précédent nous parlait constamment de façon dégradante, » indique Lek, qui nous assure que l’entreprise a récemment modifié sa politique afin d’éviter les conflits sociaux dans le cadre du processus d’acquisition dans lequel elle se trouve actuellement. « C’est une pratique courante et les entreprises considèrent qu’il s’agit de la façon la plus efficace de contrôler les travailleurs, » explique Patchanee Kumnak de Good Electronics.

Pour Noi, les abus ont augmenté depuis que l’usine a mis en place un nouveau régime dans lequel ils travaillent 4 jours et se voient accorder deux jours de congé, avec des changements continus dans les quarts de travail du matin ou du soir. « Parmi les travailleurs, nous sommes nombreux à nous y opposer parce que cela affecte notre santé et notre vie sociale, » déclare Noi, qui a pris part à une grève pour protester contre ce nouveau régime de travail.

Après la grève, les travailleurs qui y avaient participé ont subi un harcèlement croissant de la part de l’entreprise. «  On nous a mis dans une pièce surveillée par des caméras. Cet endroit était très sale et l’on ne pouvait pas y travailler, » déclare Noi. « Je suis allergique et je suis donc sortie de la pièce. Le superviseur est venu et m’a menacée, » affirme Noi.

Inégalité entre les sexes

Cela fait longtemps que Lek souffre de migraines et d’évanouissements répétés. « Il semblerait que mon cerveau n’est pas suffisamment irrigué en sang, » déclare-t-elle. En outre, une tumeur a récemment été décelée dans un de ses ovaires qui, selon elle, serait liée au changement des heures de travail, tout comme les migraines.

« Pour les travailleuses, la santé n’est pas un problème prioritaire et elles ne disposent que de peu d’informations à ce sujet. Quand on n’a pas de quoi manger, on ne peut pas se soucier d’autre chose, » déclare Patchanee Kumnak.

De par la division du travail, les femmes sont également exposées à un risque accru pour leur santé, car elles sont davantage en contact avec les produits chimiques du fait qu’elles travaillent sur les lignes. «  L’industrie de l’électronique est considérée comme une industrie présentant moins de risques [...]. La sensibilisation aux risques pour la santé, y compris l’exposition à des produits chimiques, est faible, » explique Joe DiGangi.

La plupart des entreprises ont également pour politique de ne pas dévoiler les produits chimiques qu’elles utilisent, ce qui fait qu’il est difficile d’établir des liens entre les maladies développées par les travailleurs et l’environnement de travail. Toutefois, en Corée du Sud, plusieurs tribunaux ont commencé à reconnaître que les cas de leucémie étaient liés à l’utilisation de produits chimiques dans les lignes de montage.

Par ailleurs, la plupart des travailleuses sont recrutées lorsqu’elles sont jeunes, ce qui accroît le risque que les produits chimiques nuisent à leur cycle reproductif. Plusieurs études ont ainsi établi un lien entre l’utilisation de ces substances et un taux plus élevé de fausses couches et de malformations du fœtus chez les travailleuses du secteur.

Selon Perada Phumessawatdi, doctorante de l’Université de Bristol sur les politiques d’égalité des sexes en Thaïlande et jusqu’à récemment spécialiste technique du Département des affaires féminines du ministère thaïlandais du Développement social, la législation de la Thaïlande a adopté des mesures spécifiques pour protéger les femmes dans les industries dangereuses telles que l’électronique, en limitant le nombre d’heures que celles-ci peuvent travailler, la tranche horaire ou le type de travail qu’elles peuvent effectuer.

La Thai Labour Campaign soutient cependant que la plupart des femmes enceintes cachent leur grossesse afin de continuer à faire des heures supplémentaires (ce qui leur est interdit) afin de ne pas voir leur salaire diminuer en conséquence. «  Il y a aussi un problème quant aux postes jugés appropriés pour les femmes enceintes, car ce sont les managers qui décident. Il y a des femmes enceintes qui manient de la machinerie lourde, » affirme Lek.

La transparence concernant les produits chimiques utilisés est l’un des facteurs clés pour réduire l’impact de cette industrie sur la santé, affirme Joe DiGangi. « Les entreprises doivent faire preuve de transparence concernant les produits chimiques qu’elles utilisent […]. Ensuite, nous devons également mieux comprendre comment éviter les expositions, » déclare le chercheur.

Cependant, Lek n’était pas très contente lorsqu’on lui a posé la question. « Nous ne savons pas quels sont les produits chimiques que nous utilisons. Nous n’en connaissons que la marque, » indique Lek. « Et l’entreprise réagit de manière très agressive lorsque l’on pose des questions sur ces produits chimiques. »